jeudi 26 novembre 2015

Les genres et la qualité de la rime


LE GENRE DES RIMES

Si les mots qui composent la rime se terminent par un « e » muet on parle de rime féminine.
Dans tous les autres cas on parle de rime masculine.

Exemple de rime féminine    : Folle// Idole           

Exemple de rime masculine : Dit//Esprit
                                           Visé//Aimée   
       


Jusqu'au XIX on prononçait encore le « e » qu'aujourd'hui l'on nomme « muet ».
Ainsi, jusqu'à cette époque, on considéra qu'une rime pouvait se faire seulement entre mots du même genre : les mots voir et poire ne rimaient pas.
De plus, dans la poésie classique, une rime féminine ne devait pas être suivie d'une autre rime féminine, ni inversement. Les rimes devaient s'alterner.

Exemple, ici A est masculin et B est féminin :    Quelqu'un vit l'erreur, et lui dit :                  A
                                                                       « Maître Baudet, ôtez vous de l'esprit        A
                                                                       une vanité si folle.                                    B
                                                                       ce n'est pas vous, c'est l'idole                   B



Aujourd'hui, le « e » n'étant plus prononcé, on a tendance à moins respecter l'alternance et la distinction entre rimes féminines et rimes masculine.
En revanche, on a parfois appliqué une alternance entre rimes vocaliques et rimes consonantiques.

Exemple,                                             
 Je trône dans l'azur comme un sphinx incompris ;      A 
ici A est vocalique et B consonantique ;   J'unis un cœur de neige à la blancheur des cygnes ;  B
                                                            Je hais le mouvement qui déplace les lignes,              A
                                                            Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris.***               B 





LA QUALITE DES RIMES

La richesse d'une rime dépend de la quantité de sons identiques dans le même ordre contenus et prononcés dans les mots qui riment. Ces sons sont comptés à partir de la dernière voyelle tonique (qui est donc pronincée).
On aura alors des :

- Rimes pauvres, seule le dernier son vocalique prononcé est identique.

  Exemple avec
 le son 'i' : Quelqu'un vit l'erreur, et lui dit :
                                      « Maître Baudet, ôtez vous de l'esprit                     

- Rimes suffisantes, deux sons sont répétés à l'identique.

  Exemple avec
 les sons 'r' et 'ai' : s'imagina qu'on l'adorait.
                                               Dans ce penser il se carrait,                                

- Rimes riches ou très riches, trois ou plus des sons sont répétés.

  Exemple avec
 les sons 'i' 'è' 'r' : Je suis belle, ô mortels, comme un rêve de pierre,
                                                […]
                                               Éternel et muet ainsi que la matière. ou encore : Ensemble//rassemble


En revanche, il ne suffit pas que deux mots terminent par une même consonne pour avoir une rime.
Ainsi, par exemple, sortir et moteur ne riment pas.

 

mercredi 25 novembre 2015

L'étude des vers et des strophes

a) La mesure des vers
Pour mesurer un vers, il faut compter les syllabes prononcés (ou mètre) :
Exemple : C'était l'heure tranquille où les lions vont boire. (Victor Hugo)
               c'é / tait / l'heu / re / tran / qui / lle où / les / li / ons / vont / boire

Cependant, il faut tenir compte de trois particularités :
1) la règle du e muet,
2) la synérèse,
3) la diérèse.

La règle du — e — muet
À l’intérieur d'un vers, on compte la syllabe qui se termine par un « e » muet si la syllabe suivante commence par une consonne. On ne la compte pas si la syllabe suivante commence par une voyelle.
À la fin d'un vers, on ne compte jamais le « -e » muet.
Exemple : Il tire, traîne, geint, tire encore et s'arrête. (Victor Hugo)
— Les -e- de « tire », « traîne » sont comptés
— Les -e- de « tire encore » et de « arrête » ne sont pas comptés

La diérèse
Deux sons habituellement prononcés groupés doivent parfois se prononcer séparément, en deux syllabes : c'est la diérèse qui, en ralentissant la prononciation du mot, l'adoucit.
Exemple : million   | mi | lli | on,          nation  | na | tion |

La synérèse
Deux sons habituellement prononcés séparément doivent parfois se prononcer en une syllabe : c'est la synérèse, qui abrège le mot, le durcit.
Exemple : lion   | lion |

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La comparaison en poésie
La comparaison rapproche deux réalités à partir d'une caractéristique commune: le comparé, ce dont il est question, et le comparant, ce dont on rapproche le comparé. Elle est une image explicite, marquée par un mot précis indiquant la comparaison.
Exemple : J'aime la lune, ardente et rouge comme l'or. (Victor Hugo)

mardi 24 novembre 2015


Les différents types de vers
La désignation de la plupart des vers provient du décompte des syllabes :
Monomètre (vers d'une syllabe)
Dissyllabe (vers de deux syllabes)
Trisyllabe (vers de trois syllabes)
Quadrisyllabe (vers de quatre syllabes)
Pentamètre (vers de cinq syllabes)
Hexamètre (vers de six syllabes)
Heptamètre (vers de sept syllabes)
Octomètre (vers de huit syllabes)
Éméasyllabe (vers de neuf syllabes)
Décasyllabe (vers de dix syllabes)
Hendécasyllabe (vers de onze syllabes)
Alexandrins (vers de douze syllabes)
La Strophe
La strophe est l’ensemble constitué par un nombre de vers limité, avec une disposions fixe de rimes et des mètres, et, qui peut se reproduire indéfiniment.  
Nom du vers
Nombres de vers
Le distique
2 vers
Le tercet
3 vers
Le quatrain
4 vers
Le quintil
5 vers
Le sizain
6 vers
Le septain
7 vers
Le huitain
8 vers
Le dizain
10 vers



LE RYTHME DU VERS
À l’origine, la poésie était toujours accompagnée de musique. Les vers ont conservé ensuite le rythme, donné par le jeu de l’accent, la coupe, l’enjambement, le rejet et le contre-rejet.

L’accent, c’est l’augmentation de l’intensité de la voix sur une syllabe.
On distingue deux genres d’accents: Accent Fixe et l’Accent Mobile 


L’ACCENT FIXE
Au XVIIe siècle, le vers classique supportait deux accents : l’un en son milieu qui est la césure et l’autre à sa fin qui est la rime. Ces deux accents divisent le vers en deux parties qu’on appelle hémistiches. Mais au XIXe siècle le vers ne supporte plus de césure.

Exemple :
Un jour sur ses longs pieds,  //   -allait je ne sais où /
Le héron au long bec,         //    -emmanché d’un long cou / _ (La Fontaine)
La syllabe « pied » marque le 1er hémistiche
La syllabe « bec » indique le 2e hémistiche    
Les deux tirets obliques « // » sont la césure
Le seul tiret oblique « / » est la rime

L’ACCENT MOBILE

Le rythme est le mouvement du poème; il peut être l’image musicale du mouvement de la pensée. Le rythme régulier peut être binaire lorsqu’il est coupé en deux par la césure (c’est le cas de l’alexandrin classique), ternaire (comporte trois accents) ou tétramètre (comporte quatre accents).

Le rythme peut être aussi entrecoupé, lent, rapide, progressif et peut exprimer la régularité, la monotonie ou la tristesse.

LA COUPE

C’est un repos, une pause dans le vers. Elle se situe après chaque syllabe accentuée et marque la fin d’une mesure. Les vers longs comportent plusieurs coupes: la plus importante placée au milieu est appelée césure. Dans l’alexandrin classique, la césure se situe après la sixième syllabe prononcée. Chacune des deux moitiés de l’alexandrin s’appelle un hémistiche comme on a déjà vu dans l’accent fixe ci-dessus.

L’ENJAMBEMENT

C’est un procédé métrique fondé sur l'inadéquation entre la syntaxe et le mètre d’un vers, c’est-à-dire qu’un groupe syntaxique déborde d'une unité métrique sur l'autre créant un effet de continuité ou d'amplification. Il y a enjambement quand la pause finale n’accomplit pas le sens du vers et que l’on doive le continuer dans le vers suivant.
Exemple : Depuis huit jours, j’avais déchiré mes bottines
               Aux cailloux des chemins. J’entrais à Charleroi. (Arthur Rimbaud)

IL EXISTE DES ENJAMBEMENTS SIMPLES, AVEC REJET ET AVEC CONTRE-REJET.

LE REJET
On dit qu’il y a rejet lorsque le sens du vers se termine au début du vers suivant.
Exemples :
-Il est pris.
-Oh! Quel nom sur ses  lèvres muettes -Tressaille ?  
-Quel regret implacable le mord ? (Arthur Rimbaud)
 
LE CONTRE-REJET
Lorsque le sens du vers commence à la fin du vers précédent, on dit qu’il y a contre-rejet.
Exemple :
-Souvenir, souvenir, que me veux-tu ? L’automne
-Faisait voler la grive à travers l’air atone. (Paul Verlaine)


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LES FORMES POETIQUES

Les formes fixes:


   Ballade: elle comporte en général trois strophes de huit octosyllabes ou décasyllabes, suivies d’une demi-strophe appelée envoi. L’ensemble est construit sur trois rimes seulement. Chaque strophe se termine par un même vers, le refrain.

Rondeau : il comporte quinze, treize ou douze vers construits sur deux rimes seulement et répartis en strophes imposées. Le premier hémistiche est repris à la fin des deuxième et troisième strophes.
  
Pantoum : inspiré de la poésie orientale, il s’organise en quatrains à rimes croisées, dont les vers 2 et 4 sont repris aux vers 1 et 3 de la strophe suivante.
 
    Sonnet : il regroupe quatorze vers en deux quatrains et un sizain (présenté en deux tercets). Dans sa forme classique, les deux quatrains ont le même jeu de rimes embrassées, parfois croisées, et le sizain est composé d’un distique et d’un quatrain de rimes croisées ou embrassées. Mais le retour du sonnet au XIXe  siècle s’est accompagné d’une grande liberté dans les rimes (Baudelaire, Verlaine).

LES FORMES MODERNES
La poésie moderne s’est émancipée des règles classiques, et explore de nouvelles formes, parmi lesquelles on peut citer :

Le vers libre : il ne conserve que l’apparence typographique du vers (majuscule, retour à la ligne), et impose des rythmes crées non par la versification mais par des retours sonores.

Le verset : appliqué au segment de base des grands textes sacrés (la Bible et le Coran), le terme désigne une ou plusieurs phrases rythmées d’une seule respiration, comme chez Péguy, Claudel, ou Saint-John Perse.

Pour en savoir plus: